Vendredi 20 octobre 2006
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Tourbillon de voyages, de sorties, dernières tentatives de faire progresser mon niveau de chinois : mon départ approche et je ne sais plus où donner de la tête.
Je reviens donc après de longues absences qui m’ont un peu coupé de mon blog. Le Fujian, Shanghai, Suzhou, Xi’An, Pingyao, autant de découvertes des multiples facettes de cet immense pays. Plein de choses sur lesquelles j’aimerais écrire pourtant…
Tout d’abord le différend Chine-Japon dont tout le monde a du entendre parler.
Nous avons été mis au courant des premiers incidents dans les villes chinoises par un coup de fil de l’étranger. Ici pendant une semaine les journaux ont gardé le silence, le temps de digérer l’information. Alors que les manifestations avaient lieu on parlait de tout sauf de ça. Et puis il a commencé à en être question dans la presse, mais toujours avec un discours anti-japonais notable.
La haine des Chinois envers les Japonais c’est en fait quelque chose qui semble être inscrit en eux ; ici ça semble tomber sous le sens qu’on n’aime pas trop les Japonais, même pas besoin de poser la question. Il faut dire que malgré les vœux gouvernementaux de réconciliation, au niveau de la population tout est fait pour entretenir la rancœur. Je me souviens encore d’un voyage en bus de nuit dans le Yunnan où on nous a passé un film relatant la guerre opposant les méchants Japonais et les héroïques soldats communistes Chinois. Et avec des méchants vraiment très méchants, des scènes de tortures de valeureux Chinois et des Japonais cruels comme personne. Et bien sur à chaque fois qu’un Japonais mourrait les murmures d’approbation de tous les passagers. Voilà comment on travaille à la réconciliation entre deux pays… A peine une semaine avant les manifestations, alors que les polémiques sur le livre d’histoire, les disputes sur les Iles entre Corée et Japon ou encore les femmes de confort, gonflaient de plus belle nous essayions encore de mettre en place, avec une université chinoise, un séminaire sur le thème de la réconciliation Chine-Japon. On nous avait gentiment envoyé promener en nous expliquant qu’en ce moment le thème était sensible et qu’il était mieux de songer à autre chose. Une semaine après les manifs éclataient. Les excuses de Koizumi, le Premier Ministre Japonais, semblent avoir calmé les esprits, mais pour combien de temps ?
Autre chose, sans grand rapport, ma visite au mausolée de Mao il y a trois semaines. Pèlerinage incontournable, je ne voulais pas quitter Pékin sans y être passée. J’avais déjà "raté" Lénine a Moscou (mausolée fermé pour cause de décomposition semble t-il !), je ne raterais pas le Grand Timonier.
Tout commence, comme un peu partout en Chine, par…une file d’attente immense qui fait tout le tour du gigantesque mausolée trônant au milieu de Tian An Men, la plus grande place du monde. Après avoir tourné pendant une demie heure autour du mausolée afin de trouver le début de la queue, on nous range par ligne de 4 (tout juste s’il ne faut pas se prendre la main comme à la maternelle). Je me retrouvé à côté de toute une famille chinoise qui visiblement débarque à Pékin pour la première fois de leur vie. Les touristes chinois forment le plus gros bataillon des visiteurs : écoliers en uniformes mais surtout des milliers de campagnards un peu paumés et très impatients. Les quelques laowai au long nez sont une infime minorité. Nous avançons assez vite (tant la visite se fait au pas de courses) et après avoir fait la queue sous bonne garde (pour que personne ne triche) nous arrivons enfin dans l’enceinte du mausolée. La visite est gratuite mais l’achat ou plutôt la location de fleurs en papier à 2 yuans pour rendre hommage au grand leader est fortement recommandée, de même que celle de la petite brochure ornée d’une photo de Mao qui "vivra toujours dans nos cœurs" (dixit la brochure). Alors que nous pénétrons dans le bâtiment, on nous sépare en deux files. La première salle est un grand hall triste (en même temps on est dans un mausolée !) avec une statue blanche du leader en majesté sur son siège de pouvoir. On tourne autour de la statue, on dépose sa gerbe de fleurs en papier (mais sans traîner) et on arrive dans la deuxième salle, celle de la dépouille, plongée dans une semi-obscurité. Mao est étendu là, protégé par deux barrières de verre qui empêchent de s’approcher. Ici non plus pas le temps de traîner, on aperçoit de loin un petit bonhomme au visage tout jaune sans pouvoir se rendre bien compte si c’est une réplique en cire ou pas. Et immédiatement, sans avoir même le temps de jeter un dernier coup d’œil, on est éjecté par ceux qui poussent derrière et arrivons dans l’arrière chambre du mausolée. Des deux côtés des musées à la gloire des grands dirigeants (mais pas la peine de penser y entrer si on n’a pas acheté son billet a la cahute du marchands de fleurs en papier) et la grande boutique à souvenir du "MAOsaulée". Médailles, posters, horloges, médailles et même cravates, le mauvais goût le dispute à la laideur dans ce bric-à-brac maoïste et, à mesure que l’on descend les marches du mausolée, des stands qui vendent aussi bien des coiffes mandchoues roses fluos que des avions en plastique : l’âme du capital a pénétré le mausolée, le vers est dans le fruit ! Et vive le grand leader !
Enfin dernière chose, dernier flash dirons nous parmi ces trois chroniques pékinoises sans grandes cohérences, mon voyage à Pingyao, au sud de la province minière du Shanxi, il y’a deux semaines. Pingyao est une très jolie ville touristique, mais dont les murailles et les musées ne suffisent pas à occulter la misère qui est le lot de la plupart de ces provinces du Nord-Ouest. Ce qui m’a particulièrement surprise c’est la présence de deux églises où les fidèles se pressent. Intriguée j’ai pu discuter avec plusieurs chrétiens catholiques ou évangélistes. Ils m’ont parlé du pape, bien entendu, mais aussi du fait que les chrétiens soient de plus en plus nombreux dans la ville et qu’ils doivent parfois se réunir dans des églises clandestines. Dans l’entrée de chaque église "officielle" les règles du gouvernement sont placardées afin que personne ne les ignore, stipulant que ces « réunions » un peu particulières peuvent être dissoutes à tout moment. Une activité religieuse tout juste tolérée donc. Reste que dans ce pays soi disant communiste ce "retour du religieux" m’a un peu déconcerté, la religion serait-elle une forme de protestation déguisée?
Photo 1 : File d'attente devant le "Maosaulée"
Photo 2 : Eglise à Pingyao